Parents et enseignants : un duo éducatif clé

Par ArkéoTopia | 20 Nov. 2025 | Défendre la recherche archéologique
Cet article a été rédigé grâce à la participation de plusieurs intervenants : membres du corps enseignant du premier et second degré, familles et associations – c’est une poursuite du programme Agora de l’éducation

Pour contribuer à l’avenir de l’archéologie, ArkéoTopia agit face aux défis de l’illettrisme. Le projet Agora de l’éducation révèle de nouvelles pistes pour redonner du sens aux apprentissages, renforcer la continuité éducative et unir les acteurs de l’instruction.

Renforcer la cohérence éducative : le rôle des 3C, des enseignants et des familles pour une école plus efficace

L’école a pour mission de former des citoyens libres, éclairés et capables d’esprit critique. Pour les élèves, cela implique l’acquisition d’un socle de connaissances commun, de compétences transversales et de comportements favorisant l’ouverture aux Autres et aux mondes extérieurs. Qu’il s’agisse des établissements publics comme privés, des espaces urbains comme des espaces ruraux, cette mission nécessite également la compréhension du fonctionnement de la démocratie et des institutions [1].

1. La transversalité des 3C : donner du sens aux apprentissages

Connaissances, Compétences et Comportement représentent les 3C que tout élève est censé intégrer au cours de son cycle scolaire. Cependant, dans quelle mesure ces 3C ont-ils du sens pour un élève s’il n’est pas amené à les appliquer ?

Les 3C ne peuvent se limiter à des exercices scolaires décontextualisés. Pourtant, les différentes figures que rencontrent les élèves pourraient réunir un contexte favorable. Par exemple, l’étude des figures géométriques en mathématiques peut être associée à un projet réel impliquant différents acteurs de l’enseignement (enseignants, assistants de vie scolaire, animateurs, médiathécaires, familles), afin de montrer la pertinence des 3C dans la vie quotidienne :

Lecture et étude du livre Ada & Zangemann à l’aide de l’outil numérique dans une classe d'élèves de 10 à 11 ans d'une école de la banlieue parisienne en janvier 2024 - CC BY-SA FramaKa 2024 via Wikimedia Commons
  1. Apprentissage scolaire du tracé de rectangles et de cercles en cours de mathématiques
  2. Utilisation avec les animateurs de la ville pour tracer un terrain de football
  3. Découverte de l’Histoire de ce sport en médiathèque par des lectures
  4. En cours, restitution écrite des lectures faites en médiathèque
  5. Lecture aux parents de la restitution écrite
  6. Le lendemain, en cours, échange oral avec l’enseignant sur la restitution faite aux parents

En prenant conscience que le cours de mathématiques ne s’arrête pas à l’école, les élèves donneront plus de sens à leurs apprentissages. Leur motivation n’en sera que plus forte et l’intégration de leurs apprentissages également, ce qui nous amène à la manière d’apprendre au sein de l’école du début du 21e siècle.

2. Un enseignement dépassé et une absence de continuité éducative

Quand l’accès à la connaissance est quasi illimité, le rôle de l’enseignant est de guider les élèves dans l’analyse critique des informations et des outils qui lui sont fournis - CC0 Image générée par IA – ChatGPT / OpenAI
Aujourd’hui, la journée d’un enfant se déroule souvent dans plusieurs espaces — famille, école, temps périscolaire et activités extrascolaires. Chacun de ces lieux possède ses propres règles et modes de fonctionnement. Cette pluralité, lorsqu’elle n’est pas coordonnée, peut nuire à la continuité éducative, entendue comme la cohérence entre connaissances, compétences et comportements tout au long de la journée de l’enfant.

Pour garantir cette cohérence, une coopération structurée entre acteurs de l’enseignement (enseignants, parents, animateurs et autres professionnels) est indispensable.

Concrètement, le passage d’un espace éducatif à un autre peut générer une discontinuité, notamment en matière de gestion du comportement ou d’attentes éducatives. Les intervenants n’appartiennent pas aux mêmes cadres institutionnels et ne disposent pas toujours des mêmes moyens ou du même temps d’intervention, ce qui peut compliquer le suivi éducatif et comportemental de l’élève [2].

Cependant, cette réalité ne doit pas conduire à la mise en cause des acteurs, mais plutôt à renforcer la collaboration et le partage de repères éducatifs communs.

Dans un contexte où l’accès à la connaissance est quasi illimité (bibliothèques, médias, internet, réseaux sociaux, etc.), la mission des enseignants ne consiste plus uniquement à transmettre, mais également à guider les élèves dans l’analyse critique, la sélection et l’usage des 3C. La mise en pratique des apprentissages et la construction du discernement deviennent des priorités pédagogiques.

Pour favoriser cette cohérence éducative, il est donc nécessaire de soutenir la formation des enseignants à la fois sur le plan pédagogique et relationnel, tout en reconnaissant pleinement le rôle des familles comme partenaires éducatifs à part entière.

3. Former les enseignants à devenir des exemples et des pédagogues et les parents à devenir des partenaires éducatifs

Selon leur âge, les élèves considèrent encore les enseignants comme des figures de référence. L’intérêt que ces derniers portent aux disciplines qu’ils enseignent contribue donc à susciter la curiosité et l’engagement des élèves : c’est le principe du mimétisme éducatif.

Un enseignant qui montre un goût pour la lecture [3], la culture scientifique, les activités artistiques ou manuelles, aura davantage de facilité à transmettre l’envie d’apprendre. Lier les connaissances théoriques à des situations concrètes renforce la crédibilité de l’enseignant et le sens des apprentissages [4].

Lire une histoire à un enfant est une activité fondamentale pour l'enrichissement du vocabulaire, de l'imaginaire, de la reconnaissance du graphisme et de biens d’autres dimensions - CC BY-SA Ldorfman 2012 via Wikimedia Commons
Cependant, le mimétisme éducatif ne suffit pas. Dans un contexte où l’information est facilement accessible, le rôle de l’enseignant est aussi d’aider les élèves à développer les 3C enfouis en eux-mêmes. La maïeutique, méthode qui consiste à accompagner l’élève par un questionnement progressif et habile, permet de faire émerger chez l’enfant ses ressources internes et de renforcer son autonomie intellectuelle.

Par ailleurs, le développement du vocabulaire dès le plus jeune âge constitue un levier majeur pour la réussite scolaire et sociale, tant pour la compréhension des consignes que pour les échanges avec autrui. Les familles peuvent jouer un rôle essentiel grâce à des actions simples, comme l’apprentissage quotidien de 5 à 10 nouveaux mots par jour dès l’âge de quatre ans.

Ces échanges réguliers autour du langage permettent aux parents de mieux percevoir les besoins ou éventuelles difficultés de leur enfant. Ils facilitent également le recours par les familles à des dispositifs de soutien éducatif. La mise en place d’indicateurs familiaux sur le développement lexical pourrait fournir aux collectivités et à l’État des informations utiles pour orienter les ressources et renforcer l’équité éducative.

À l’ère du numérique et de l’IA, l’implication des enseignants, des parents et de l’ensemble des acteurs éducatifs demeure essentielle pour former des esprits autonomes et critiques. Cette mobilisation collective conditionne l’avenir des générations dans tous les domaines, et bien évidemment dans celui de la recherche archéologique : seuls des jeunes maîtrisant la lecture, l’écriture, le calcul et un vocabulaire solide pourront comprendre que les 3C — Connaissances, Compétences, Comportements — dépassent largement le cadre scolaire et structurent leur capacité à analyser, enquêter et transmettre.

Pour en savoir plus

Références et notes

[1] Synthèse de l’article de l’Académie de Lille sur : Une école qui forme des citoyens éclairés, [EnLigne] https://www1.ac-lille.fr/une-ecole-qui-forme-des-citoyens-eclaires-123745 — Vandamme, P.-É., « L’utopie du citoyen éclairé et les défis de l’éducation citoyenne », La Revue Nouvelle 2/2, p. 18-21, 2016 [EnLigne] https://doi.org/10.3917/rn.162.0018

[2] « Les activités périscolaires ne peuvent donc pas être regardées comme faisant partie du service public de l’enseignement consacré par le 13e alinéa du Préambule de la Constitution de 1946, ni comme une composante nécessaire à la scolarisation des enfants et, partant, au droit à l’éducation posé par les articles L. 111-1 et L. 112-1 du code de l’éducation. » – source : Lettre de la direction des affaires juridiques du Ministère de l’Éducation nationale n°202, mai 2018, Jurisprudence, [EnLigne] https://www.education.gouv.fr/lettre-information/lettre-information-juridique/LIJ_2018_202_mai.html

[3] Voir les résultats obtenus chez les anglo-saxons sur l’importance du mimétisme en lecture : Cremin, T., et al., “Teachers as readers: building communities of readers” Literacy 43/1, 2019, p. 11–19. DOI: https://doi.org/10.1111/j.1741-4369.2009.00515.x

[4] Voir les 252 indicateurs d’influence positifs comme négatifs d’un enseignant sur sa classe avec le travail de John Hattie dont la portée de l’efficacité collective des enseignants et la crédibilité des enseignants [EnLigne] https://visible-learning.org/hattie-ranking-influences-effect-sizes-learning-achievement